Passionné(e) de lecture ? Inscrivez-vous gratuitement ou connectez-vous pour rejoindre la communauté et bénéficier de toutes les fonctionnalités du site !  

Camera obscura

Couverture du livre « Camera obscura » de Gwenaelle Lenoir aux éditions Julliard
  • Date de parution :
  • Editeur : Julliard
  • EAN : 9782260056249
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Un matin, un photographe militaire voit arriver, à l'hôpital où il travaille, quatre corps torturés. Puis d'autres, et d'autres encore. Au fil des clichés réglementaires qu'il est chargé de prendre, il observe, caché derrière son appareil photo, son pays s'abîmer dans la terreur. Peu à peu, lui... Voir plus

Un matin, un photographe militaire voit arriver, à l'hôpital où il travaille, quatre corps torturés. Puis d'autres, et d'autres encore. Au fil des clichés réglementaires qu'il est chargé de prendre, il observe, caché derrière son appareil photo, son pays s'abîmer dans la terreur. Peu à peu, lui qui n'a jamais remis en cause l'ordre établi se pose des questions. Mais se poser des questions, ce n'est pas prudent.
Avec une justesse troublante, ce roman raconte le cheminement saisissant d'un homme qui ose tourner le dos à son éducation et au régime qui a façonné sa vie. De sa discrétion, presque lâche, à sa colère et à son courage insensé, il dit comment il parvient à vaincre la folie qui le menace et à se dresser contre la barbarie.

Donner votre avis

Avis (10)

  • "Camera obscura" de Gwenaelle Lenoir est un roman poignant, bouleversant qui nous plonge au coeur de l'horreur de la guerre et de la torture. Ce roman, c'est l'histoire de "César", photographe syrien confronté aux atrocités du régime de Bachar El Assad. L'autrice, nous dépeint un homme qui, peu...
    Voir plus

    "Camera obscura" de Gwenaelle Lenoir est un roman poignant, bouleversant qui nous plonge au coeur de l'horreur de la guerre et de la torture. Ce roman, c'est l'histoire de "César", photographe syrien confronté aux atrocités du régime de Bachar El Assad. L'autrice, nous dépeint un homme qui, peu à peu, remet en question les valeurs et l'ordre établi auxquels il avait toujours adhéré.

    Au fil des clichés qu'il capture, ce photographe assiste impuissant à la déchéance de son pays, ravagé par la terreur. Son cheminement intérieur, de la simple observation à la prise de conscience et à la révolte, est remarquablement décrit. On est touché par sa transformation, de la discrétion presque lâche à la colère et au courage insensé. le choix de la narration à la première personne nous permet de nous plonger profondément dans l'esprit tourmenté de ce photographe courageux malgré lui. On ressent sa peur, son stress et ses tourments à chaque page, et on ne peut s'empêcher d'être oppressé par l'ambiance tendue du récit.

    "Camera obscura" est un roman court, bouleversant, percutant. Un hommage poignant à ceux qui osent braver l'horreur pour défendre la dignité humaine. Un roman à lire absolument!

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Le rythme est celui d’un roman policier ou d’un thriller avec un premier chapitre choc, totalement glaçant et pourtant addictif, il est déjà trop tard pour refermer le livre... Ensuite, retour en arrière : à l’hôpital militaire où les collègues du photographe sont acquis à la terrible...
    Voir plus

    Le rythme est celui d’un roman policier ou d’un thriller avec un premier chapitre choc, totalement glaçant et pourtant addictif, il est déjà trop tard pour refermer le livre... Ensuite, retour en arrière : à l’hôpital militaire où les collègues du photographe sont acquis à la terrible répression policière qui touche les opposants au régime. Moustache, Tony, Freddy et Salim sont tous des militaires obéissant quels que soient les ordres, espérant une promotion, des avantages qu’on découvre dans l’effarement : argent extorqué aux familles, jusqu’aux viols et meurtres… Ce n’est pas une lecture pour les âmes trop sensibles et pas du tout une lecture pour s’endormir le soir. L’écriture de Gwenaëlle Lenoir nous met au cœur du choix : accepter l'ordre établi ou bien le contester et se mettre en danger... On a les scènes comme les voit le photographe de cette morgue qui ne désemplit pas. Freddy, une croix grossière et noire tatouée sur l’avant-bras droit, remplace Tony et apporte un saut dans l’horreur, lui qui « dit terroristes dix fois dans sa phrase, comme s’il donnait à manger au président sur son biceps. » Heureusement, on a en face de ces monstres, des résistants d’un courage qui force le respect, les Abou Georges, Aymar et surtout Abou Faisal !

    Les sbires du président et les enfants « croient aux histoires simples du Grand Homme. » et il devient impossible d’apporter la contradiction sous peine de mort. Le système de surveillance et la délation sont très bien rendus. J’ai été choqué de réaliser que Ania et son mari, le photographe, ne peuvent pas empêcher leurs enfants de chanter les chants à la louange du président appris à l’école, ce serait dangereux si ceux-ci parlaient mal du président ensuite. Et pourtant, avant ce chaos généralisé, une autre époque a existé :

    « Je glisse sur les dalles de pierre noircies par les pas et les siècles, je suis transporté au temps de la splendeur de la ville, quand elle régnait sur le monde par sa splendeur et son érudition. »

    Le photographe ne peut pas s’empêcher de garder une trace de ces crimes, réflexe d’humanité qui deviendra ensuite témoignage pour espérer que la justice soit possible :

    « Mais avant, j’ai recopié les noms et les dates. Je ne sais pas ce que je vais faire de cette feuille, des seize noms et de leur âge. »

    Il transmet les photos à un réseau de résistants et devient ainsi un héros malgré lui, mettant sa femme Ania et ses deux enfants en danger. Il se met en danger s’il part de « l’hôpital » car il en sait trop. Il se met en danger s’il reste, tellement il est en retrait du comportement de haine de ses collègues. Il se met en danger s’il parle à Ania. « Ce n’est pas prudent » revient comme une rengaine tout au long du récit.

    L’écriture est concise, terriblement efficace, toujours dans l’action, comme un œil qui observe et imprime l’image, nous la rend exacte à chaque phrase comme une vraie chambre obscure avec l’image sur le papier photosensible. Sur des bannières, en ville, « Le président a le visage masqué par des lunettes de soleil d’aviateur, les lèvres serrées, le cou démesurément long, le menton levé. Il ne protège pas la ville. Il la mate. » Gwenaëlle Lenoir a des expressions définitives pour exprimer le malaise du photographe : « Dans la cour, j’ai respiré l’air des gaz d’échappements à grandes goulées » ou encore « A l’époque on ne tuait pas les enfants comme on écrase les insectes. »

    Beau titre que ce Camera obscura, cette chambre obscure permettant de capter une image inversée de la réalité. Et cette pièce là où sont réceptionnés les « terroristes », en fait des manifestants ou des opposants, mérite bien d’être qualifiée d’obscure. L’autrice parvient à traquer ce moment où on ne peut plus fermer les yeux, ce moment où tout devient clair et terriblement dangereux, promesse de libération ou de mort. Alors il y a la peur qui prend de plus en plus de place et on tremble avec ces hommes, ces femmes, vivant au mauvais endroit, au mauvais moment.

    Gwenaëlle Lenoir annonce : « Ce livre est un roman dont le personnage principal est réel. Ce photographe existe et vit caché quelque part en Europe. Son nom de code est César. Les atrocités décrites sont avérées, les faits sont documentés, mais sa voix est la mienne. » César, photographe légiste de la police militaire syrienne, a risqué sa vie pour documenter les crimes du régime de Bachar el-Assad entre 2011 et 2013.

    Journaliste indépendante et spécialiste du monde arabe et de l’Afrique de l’Est, Gwenaëlle Lenoir, ancienne Grande reporter à France 3, a écrit pour la presse et Mediapart, notamment sur les bouleversements au Soudan depuis le destitution d’Omar el-Béchir en 2019. Elle montre ici qu’elle est aussi une autrice talentueuse. Son Camera obscura est un livre important, un des meilleurs lus dans le cadres de la sélection pour le prix Orange du livre 2024 auquel j'ai l'honneur de participer.

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Un roman qui déconstruit bien les mécanismes de la dictature, de la propagande, de la violence d'état. Le personnage principal, est un photographe, père de famille. Il prend conscience du régime dans lequel il vit lorsque sa routine de photographe à la morgue, le rend témoin involontaire de...
    Voir plus

    Un roman qui déconstruit bien les mécanismes de la dictature, de la propagande, de la violence d'état. Le personnage principal, est un photographe, père de famille. Il prend conscience du régime dans lequel il vit lorsque sa routine de photographe à la morgue, le rend témoin involontaire de la violence du pouvoir. Peu à peu, il se rend compte, qu' il ne souhaite plus fermer les yeux et documente par ses photos la répression du régime.
    Outre l'aspect politique, j'ai aimé la réflexion sur le régime, les peurs et les actions du photographe, un héros ordinaire qui a le courage de faire 1 pas de côté.
    L'amour pour sa famille, la volonté de témoigner, à travers son parcours, l'auteure nous questionne sur le courage, l'engagement. Peut-on tout risquer pour plus grand que soi? Peut-on être le rouage qui détraque la dictature? Le récit gagne de plus en plus en intensité au fil des pages, au fur et à mesure de la prise de conscience du narrateur.
    Vous ne sortirez pas indemme de cette lecture et de l'écriture de l'auteure qui nous met dans le feu de l'action et des pensées de son personnage. Cette focalisation interne renforce la force de l'histoire inspiré d'une histoire vraie mais qui est fictionnée comme le précise l'auteure. Le sentiment d'urgence du récit, le début et la fin sont impressionnants et vous rendent captif du récit jusqu à la fin du roman . Merci pour cette belle découverte à Lecteurs.com

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Gwenaëlle Lenoir s'est inspirée du parcours du photographe syrien César pour l'écriture de ce livre percutant.
    César (un pseudo, on comprend aisément pourquoi) est aujourd'hui connu pour avoir dénoncé la violence du régime de Bachar Al-Assad à travers ses photos de corps martyrisés par la...
    Voir plus

    Gwenaëlle Lenoir s'est inspirée du parcours du photographe syrien César pour l'écriture de ce livre percutant.
    César (un pseudo, on comprend aisément pourquoi) est aujourd'hui connu pour avoir dénoncé la violence du régime de Bachar Al-Assad à travers ses photos de corps martyrisés par la police militaire syrienne.
    En tant que photographe légiste, il était en effet aux "premières loges" de cette violence inouïe puisqu'il était chargé de photographier les corps mutilés dans la morgue de l'hôpital militaire où il travaillait.
    Pour garder une trace des atrocités, il a enregistré des copies de ses clichés sur clés USB (des dizaines de milliers de photos insoutenables) qui lui ont ensuite permis, une fois exfiltré du pays, de rendre compte des atrocités commises auprès des instances de justice internationale. Son témoignage est évidemment capital pour, d'une part, rendre justice et, d'autre part, permettre aux familles de retrouver un proche disparu…
    Gwenaëlle Lenoir remonte ici le fil de l'horreur et nous décrit le parcours d'un homme de courage et de résistance qui a bravé les interdits au péril de sa vie et de celle de sa famille (cela ne se fait pas non plus sans peur, ni doute…).
    C'est aussi une description terrible de l'enrôlement d'une population et de la méfiance qui s'installe entre les personnes car bien sûr, il est à tout moment susceptible d'être dénoncé.
    Un roman glaçant dont il est difficile de s'extraire lorsqu'on pense avec effroi à toutes ces vies perdues (et dans quelles terribles circonstances).
    Une écriture limpide pour dire l'innommable et s'y immerger avec une tension absolument terrible de bout en bout.

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Gwenaëlle Lenoir choisit dans Camera obscura de raconter, au quotidien, la prise de conscience politique d’un homme, père de famille tranquille, qui devient résistant, jusqu’à être obligé de quitter le pays pour éviter d’être arrêté. De plus, ce récit est une immersion dans le pouvoir...
    Voir plus

    Gwenaëlle Lenoir choisit dans Camera obscura de raconter, au quotidien, la prise de conscience politique d’un homme, père de famille tranquille, qui devient résistant, jusqu’à être obligé de quitter le pays pour éviter d’être arrêté. De plus, ce récit est une immersion dans le pouvoir totalitaire de la Syrie dont, à l’époque, l’Europe a choisi de ne rien voir !

    Le métier de photographe pour services funéraires de l’armée à Damas en Syrie est parfaitement méconnu. Son rôle était de prendre quelques photos des soldats morts au combat pour les transmettre à leur famille. Le narrateur remplace Abou Georges, un homme d’expérience, qui part à la retraite.

    Au début, il est satisfait de ce nouveau travail qui lui permet de nourrir sa famille. Et puis il y a seize adolescents: treize garçons et trois filles que le narrateur ne peut oublier, les premiers morts torturés, très jeunes.

    Inspiré d’histoire vraie
    Inspiré du photographe Syrien César, son nom de code, qui documenta les morts qui envahissent sa morgue avec d’atroces blessures, des ablations, des tortures, lors des soulèvements de 2011. Il a transmis les clichés et l’identité des prisonniers tués sous les coups de la milice de Bachar Al Assad. Les photographies ont pu être transmises et documentent le tribunal international.

    Gêné par la situation, le narrateur n’ose en parler à personne tant la pression du gouvernement est intense, depuis si longtemps. Rien ne doit être montré, tellement tous ont peur de la police du régime. Seulement aux romantiques de sa jeunesse qui chantent et dansent pour demander plus de liberté, le régime de Bâcha Al Assan oppose la torture puis la mort. Puis, le silence se lève et il décide de parler.

    Officiellement, les photos devaient permettre aux « autorités de délivrer des certificats de décès aux familles attestant qu’ils étaient morts d’un arrêt cardiaque » (Extrait du témoignage de Hassan Shalabi rapporté dans le JDD du 1er octobre 2015). Il y avait deux centres de tortures à Damas et sa région. Au total, 54 000 clichés de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations. Elles ont été rendues publiques pour abonder les rédactions et l’O.N.U.

    Récit et documentaire, à la fois
    Gwenaëlle Lenoir est un grand reporter indépendant spécialiste du Proche et Moyen-Orient. Elle choisit le roman pour raconter le quotidien de cet homme, de sa découverte des premiers corps suppliciés à sa prise de conscience, puis le choix de trahir pour dénoncer et rendre compte de l’horreur.

    Évidemment, ce personnage reçoit toute l’empathie du lecteur, appréhendant un régime politique habitué à gérer le pays de façon musclée et autoritaire depuis de si nombreuses années. Le silence devient, alors, une survie avec la délation comme arme.

    La lecture du récit que propose Gwenaëlle Lenoir m’a permis de comprendre la nature de la réaction du pouvoir syrien au moment des Printemps Arabes. Cette répression fut si terrible que les contestataires se sont armés. La guerre civile qui s’ensuivit fut si sanglante qu’elle permit aux mouvements extrémistes, comme l’Etat Islamique, de s’implanter.

    Mais, le talent de Gwenaëlle Lenoir projette son lecteur dans l’incertitude de sa propre faculté de résistance. Car, selon le narrateur, rien ne le destinait à devenir un héros, à devoir s’exiler et à vivre caché tel le véritable Cesar.

    En conclusion,
    Pendant cinq ans, Gwenaëlle Lenoir imagine les réflexions, les ressentis et l’évolution de son personnage ce que la journaliste ne pouvait faire. Souvent percutant, quelquefois dérangeant, le récit énonce les peurs et les reculs qui font aussi la nature du courage.

    À partir du récit d’un photographe légiste amené à agir contre le gouvernement de son pays Gwenaëlle Lenoir propose un hommage à l’audace et à la ténacité. Le combat pour la liberté y est décortiqué du point de vue d’un homme qui aurait pu rester tranquille et soumis, mais qui a choisi de se mettre en danger pour défendre la liberté.

    Chronique illustrée ici
    https://vagabondageautourdesoi.com/2024/01/27/gwenaelle-lenoir-camera-obscura/

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Une vraie claque !
    Quand, même le respect ultime aux morts est bafoué…

    L’autrice précise : « Ce livre est un roman dans le personnage principal est réel. Ce photographe existe et vit caché quelque part en Europe. Son nom de code est César. Les atrocités décrites sont avérées, les faits...
    Voir plus

    Une vraie claque !
    Quand, même le respect ultime aux morts est bafoué…

    L’autrice précise : « Ce livre est un roman dans le personnage principal est réel. Ce photographe existe et vit caché quelque part en Europe. Son nom de code est César. Les atrocités décrites sont avérées, les faits sont documentés, mais sa voix est la mienne. »

    C’est un homme prudent, César. Un mari aimant, un père attentif. Il travaille à la morgue de l’hôpital militaire. Prendre les photos des morts, associer les noms. S’en tenir là.
    Pourtant, il fait attention aux corps qu’il photographie et il a toujours une pensée pour les familles,

    Il a l’habitude : des accidentés, des suicidés. Puis les morts se succèdent, se multiplient. Ceux-là viennent des prisons, ils sont mutilés, torturés. Ils arrivent par fourgons entiers, des hommes, des femmes et des enfants. Ils sont appelés « les terroristes ». Ceux qui travaillent avec lui, ne savent plus où les ranger et cela les ferait plutôt rire.

    Il en sait trop désormais, il faut continuer, faire comme d’habitude, ne rien manifester, ne pas relever la tête…. Car il sait qu’il ne faut pas faire de vagues dans un pays où le moindre regard appuyé, la moindre remarque vous envoient en prison…

    On comprend qu’il s’agit de la Syrie de Assad en 2011, mais ce n’est jamais indiqué par l’autrice. Sans doute, car ces exactions font partie, hélas, des régimes totalitaires.
    Sans doute aussi, car le mépris des morts est une constante de tous les régimes fascistes, qu’ils s’appellent, Hitler, Assad, Pinochet ou Poutine….

    Il faut tenir. Tenir pour sa vie, pour celle de sa famille, tenir pour témoigner. Tenir même si le cauchemar éveillé est permanent : « Mon monde était fait de fantômes torturés et d’orbites sans yeux. »
    Garder sur une clef USB, les photos et les noms des morts, au péril de sa vie. Ajouter les noms des bourreaux en fouillant dans le bureau de son supérieur.
    Conserver les habitudes, ne rien manifester devant les collègues de travail, soutiens du régime et soucieux de s’en faire bien voir, soucieux aussi de profiter des morts pour s’en mettre plein les poches. Les familles interrogent et paient généreusement à qui veut bien donner une information…

    Pourtant, le régime politique ne l’a jamais intéressé, il s’en fiche. Il est essentiellement attentif à sa famille, à avoir un travail fixe, même s’il ne l’a pas choisi. C’est tellement exceptionnel d’avoir un salaire régulier.
    Un prudent, voire un lâche, mais pas un homme sans cœur, ni sans humanité. Et devant les corps martyrisés qu’il reçoit chaque jour par camions entiers, il est impossible de demeurer insensible et de ne rien faire.
    « Ils arrivent une étiquette au poignet droit. Ils ont des traînées de sang frais et des croûtes sombres, des bleus larges ou étroits violets, jaunes, verts. Ils ont les doigts retournés et les ongles arrachés. Ils ont les os déboîtés et les tendons apparents. Ils ont les côtes enfoncées et les tétons brûlés. Certains ont le pénis coupé et d'autres les orbites vides. »
    Quand son silence doit recouvrir une violence absolue et mortifère.

    Pas de voyeurisme, pas de pathos dans ce récit magistralement écrit.
    Pas de cris, pas de vociférations. C’est l’intensité de la souffrance, de la barbarie jusque dans les corps sans vie, qu’on rentre au fond de soi, sans pouvoir refuser, crier, sangloter.

    « Il faut que les morts parlent parce que nous, les vivants, nous ne pouvons pas parler. Ils ont cousu nos lèvres et arraché nos langues, il y a des décennies. Ils ont commencé par faire taire nos parents, nos parents nous ont fait taire et nous faisons taire nos enfants. Je fais taire Najma et Jamil, je les rends muets et sourds, je ne leur apprends pas les mots que le président n'aime pas. Ces mots-là, je les garde pour moi, je les ai enfermés dans ma tête, je leur ai interdit ma langue, ils se cognent contre les parois de mon cerveau, ils n'ont pas le droit de sortir, ils crient à l'intérieur. Pourtant, ces mots-là sont chantés sur les places des villes et des villages. »
    La prise de conscience et l’héroïsme silencieux.
    C’est le devoir à accomplir pour dénoncer la barbarie, pour laisser témoigner les morts, leur rendre respect et hommage.

    Qu’en est-il de la Syrie, du régime de Bachar Al Assad, qui poursuit son emprise de fer sur la population ?
    A la fin du livre, la question est posée : « On m’a écouté, les journaux ont parlé de moi, et puis rien. Le monde est passé à autre chose. »


    Un roman dense que le lecteur suit et supporte d’une traite, avec la boule au ventre et la sidération devant la déshumanisation banalisée.
    Vous l’avez compris, méga coup de cœur pour ce roman.

    Merci à la Fondation Orange et aux éditions Julliard de m’avoir permis de découvrir cette pépite.

    https://commelaplume.blogspot.com/

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Nous sommes au Proche-Orient, dans un pays, jamais nommé, que l’on devine assez rapidement être la Syrie. Notre narrateur est photographe légiste. Un emploi routinier qui consiste à prendre les clichés réglementaires des corps qui transitent par la morgue de l’hôpital. Cet emploi, c’est son...
    Voir plus

    Nous sommes au Proche-Orient, dans un pays, jamais nommé, que l’on devine assez rapidement être la Syrie. Notre narrateur est photographe légiste. Un emploi routinier qui consiste à prendre les clichés réglementaires des corps qui transitent par la morgue de l’hôpital. Cet emploi, c’est son beau-père qui lui a procuré, une aubaine pour ce père de famille soucieux d’offrir le meilleur à Ania, son épouse et à Najma et Jamil, ses enfants qu’il aime plus que tout. Loin des intrigues du régime, ni partisan, ni opposant, c’est un homme prudent qui a à cœur d’être irréprochable dans ce pays où chacun peut être dénoncé, et il s’acquitte de sa tâche avec application et méthode. Mais un jour quatre corps attirent son attention. Des morts en apparence comme les autres, mais ses supérieurs sont sur les dents, il se sent surveillé, et il ressent le besoin impérieux d’ en garder la trace. Alors, dans un geste inconsidéré, il décide de prendre des clichés supplémentaires et de les conserver, contrevenant ainsi à toutes les procédures. Des corps qui en précèderont d’autres, chaque jour plus nombreux. Des morts qu’il va faire parler, en les glissant dans une carte mémoire cachée dans un biscuit à la fleur d’oranger. Acte de résistance insensé et éveil de sa conscience.
    .
    Ce roman est une grosse claque! Le genre de roman que j’ai envie de recommander à tout le monde et dont je rage de voir qu’on en entend si peu parler.
    C’est le récit du cheminement d’un homme vers la résistance, dans un pays où le moindre mot peut conduire à la mort. Un pays où le président a interdit de parler, « où il a cousu les lèvres et arraché les langues », « ou nos parents nous ont fait taire et où on fait taire nos enfants ». Un pays où les hommes du président se reconnaissent à leurs cheveux gominés et à leur pantalon de tergal, à leur zèle infatigable et à leur cruauté absolue. Et cet homme aura le courage incroyable de documenter les atrocités de ce régime pour «  faire voyager les morts jusqu’aux vivants qui reconnaîtraient leurs souffrances, jusqu’aux justes qui s’agenouilleraient devant eux ». Au fil des pages on le suit dans cette prise de conscience, en apnée devant les risques qu’il encourt, la gorge nouée par l’emotion au fil des révélations qu’il découvre, en admiration devant le courage qu’il déploie. Et lorsque l’on sait que cet homme a existé, que grâce à lui le monde a découvert la barbarie de ce président, on se prend d’une reconnaissance infinie et d’une gratitude immense pour cet homme dont on ne connaît que le nom de code: Cesar.
    Un roman bouleversant à lire sans tarder. Un livre fort et percutant sur la puissance des actes face à l’ignominie

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)
  • Gwenaëlle Lenoir est journaliste indépendante et spécialiste du monde arabe et de l’Afrique de l’Est. En introduction à ce livre, elle précise que le personnage principal est réel, il vit caché quelque part en Europe. En lui prêtant sa voix dans ce récit, elle met en lumière son courage et celui...
    Voir plus

    Gwenaëlle Lenoir est journaliste indépendante et spécialiste du monde arabe et de l’Afrique de l’Est. En introduction à ce livre, elle précise que le personnage principal est réel, il vit caché quelque part en Europe. En lui prêtant sa voix dans ce récit, elle met en lumière son courage et celui de milliers d’hommes qui osent se rebeller contre un régime tyrannique qui ne supporte aucune dissidence.

    César est employé d’un hôpital militaire en tant que photographe. Il ne pose jamais de question, photographie ses « clients » à la morgue pour que les familles puissent identifier les corps. Lorsqu’un matin ensoleillé de printemps arrivent les corps torturés de quatre jeunes hommes, on attribue étrangement leurs morts à des « accidents » : accident de la route pour les uns, rixe ou chute d’un balcon pour les autres. Puis ce sont seize jeunes gens dont les certifcats de décès officiels ont été falsifiés. Là encore on veut faire croire à une mort accidentelle mais ils ont bel et bien été torturés par le régime en place. 

    César exerce son métier avec professionnalisme et respect pour les morts qu’il côtoie quotidiennement, il a toujours une pensée pour leurs familles lorsqu’il les photographie. Quatre à cinq clichés qu’il remet à son chef de service. Son métier lui assure un salaire confortable mais il n’est pas sans risque, et César a une famille à protéger auquel il tient plus que tout. Mais se taire lorsque l’on est confronté à l’impensable remet en cause l’idéal de loyauté envers le gouvernement établi. César a reçu une éducation telle que l’on doit le respect au gouvernement, on le vénère tel un dieu, et c’est ainsi que sont éduqués ses propres enfants. Mais son innocence et cette loyauté naïve sont balayées par les actes barbares commis par ses collègues de travail et par le régime en place. César n’a plus le choix, il ne peut pas laisser libre cours à cette barbarie. Avec courage et abnégation, il fait le choix de rejoindre un mouvement réactionnaire qui s’élève contre la tyrannie du gouvernement.

    Le pays dans lequel vit César n’est pas nommé mais l’on comprend au fil des pages qu’il s’agit de la Syrie sous le régime de Bachir El-Assad. Le fait qu’il ne soit pas nommé peut être interprêté par le fait que ce genre de situations existent bien évidemment dans d’autres pays. César exerce son métier de photographe militaire, alliant technique et sensibilité. Ses gestes sont accomplis de façon mécanique, machinalement, parce que c’est son rôle, sa fonction. mais sa sensibilité l’emporte, les morts ont été vivants avant d’être morts. Il vit parmi eux, « les ramène à la maison », le comportement effarant de certains de ses collégues attisent sa colère. Le ton est âpre et sec de ceux qui en ont trop vus. Il n’est pas difficile de s’attacher à ce personnage dans un contexte si éloquent. Ce livre tient plus du récit que du roman, il est presque un témoignage tant on perçoit la réalité derrière la fiction. Gwenaëlle Lenoir nous offre un récit percutant, qui éveille la prise de conscience et bouleverse d’une façon essentielle notre perception d’une guerre pas si lointaine,

    Je remercie les Editions Julliard ainsi que Babelio pour l’envoi de ce livre obtenu dans le cadre d’une Masse Critique Littératures.

    thumb_up J'aime comment Réagir (0)

Donnez votre avis sur ce livre

Pour donner votre avis vous devez vous identifier, ou vous inscrire si vous n'avez pas encore de compte.