Intense, bleu-nuit, d’ombre et de lumière, il est dans ce crépusculaire, corne de brume. Livre de guerre, l’emblématique, l’avaleuse d’humanité.
L’atmosphère est oppressante et parabolique. Les destinées de ces hommes qui du général, du colonel, et de l’ordonnance, voix qui s’entrechoquent....
Voir plus
Intense, bleu-nuit, d’ombre et de lumière, il est dans ce crépusculaire, corne de brume. Livre de guerre, l’emblématique, l’avaleuse d’humanité.
L’atmosphère est oppressante et parabolique. Les destinées de ces hommes qui du général, du colonel, et de l’ordonnance, voix qui s’entrechoquent.
La narration est la guerre en elle-même, en Ukraine ou ailleurs de par le monde. Elle forge un livre sensible et hautement politique. Crucial, il est un devoir de lecture. Les scènes sont au ralenti dans un brouillard figé et glacé. Le colonel, bourreau nocturne qui ne dort jamais et attend ses proies. Lui-même dévoré par ses actes et l’anéantissement de ses valeurs morales. Il ne le sait pas. Peut-être jamais, ou pas encore. Monstre tueur, l’insomnie, contre-poison pour son âme. Mais en a-t-il une ?
« Vous mes victimes et moi ça fait
beaucoup de monde
pour une seule couverture. »
L’ordonnance, jeune homme au front pâle, spectateur soumis aux scènes des crimes, lui dont la mère le pense comme un enfant à bercer. Où est-il dans les limbes des tortures ? Assis dans l’ombre parmi les ombres qui retiennent tout ?
« L’ordonnance est un jeune homme à qui on répète souvent qu’il a la vie devant lui et qui a, au contraire, l’impression d’avoir trop vécu. »
« Pendant tout ce temps, derrière lui, en dehors du cercle de lumière, l’ordonnance se récite intérieurement les lettres de sa mère qu’il a reçues depuis son arrivée, puisque c’est la seule lecture autorisée aux soldats de la Reconquête... »
Le général, fou, dictateur d’une grande ville anonyme, la guerre comme friandise. Les ordres de sa hiérarchie le confortent dans ses délires. « Petit général de pacotille . »
Trois hommes, la destruction à petits feux. Ils sont dévorés par l’ombre intestine.
« Depuis que son subalterne zélé a cessé ses rapports, le général, il faut bien le dire, a perdu le fil de la Reconquête. Il a perdu aussi tout intérêt pour la chose. Comme si ce qui l’avait tenu debout tout ce temps _ La Victoire, la Cause la défense de la Nation _ avait enfin révélé son vrai visage de château de cartes, une construction illusoire et fragile jetée à bas par un coup de vent. »
« Le colonel ne dort pas » est un livre lisible dans toutes les langues du monde entier. Il est la cartographie de nos faillites et de nos trahisons, de nos faiblesses et de la gloire de nos résistances mentales.
Réaliste, dévorant, surdoué, on est au cœur de cette grande ville fantomatique, on ressent et on voit, on tremble et on retient notre souffle.
Après « Les serpents viendront pour toi » prix Albert-Londres du livre et « Que sur toi se lamente le Tigre » prix Goncourt du premier roman.
Cette apothéose littéraire d’ Emilienne Malfatto est un salut pour nos consciences.
En lice pour le prix Landerneau des lecteurs 2022. Publié par les majeures Éditions du sous-sol.
Nous faisons toutes les deux partie du jury du Prix Landerneau des lecteurs !
Nous aurons donc l'occasion de nous rencontrer à la soirée de remise du Prix le 19 octobre !
A bientôt !