Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Jeanette WINTERSON est une romancière britannique qui a connu un vrai succès de librairie en 1985 avec « Les oranges ne sont pas les seuls fruits ». Et la voici qui récidive quelques vingt ans plus tard avec « Pourquoi être heureux quand on peut être normal », C’est comme si elle reprenait le cours de son récit sur la réinterprétation de son enfance de gamine adoptée et élevée dans une famille où la religion rythmait chaque instant du quotidien, condamnant ses premiers émois homosexuels. Ces nombreux thèmes déjà abordés dans ses précédents livres lui ont permis de se poser en Angleterre comme une ardente combattante de la cause féministe et les milieux littéraires gays en ont fait leur égérie.
Encore plus que les anecdotes dévoilées sur la bigoterie de sa mère, son éducation spartiate et sa rugosité, ce que je retiens de cet auteur et de son dernier roman, c’est le ton qu’elle utilise pour écrire. En effet j’y ai trouvé, pour mon plus grand bonheur, un savant mélange duquel se dégageait un zeste d’humour, une pincée de piquant, un soupçon d’attendrissement, une rasade de fraicheur naïve et une lampée de nostalgie, le tout fouetté, à souhait, ne laissant qu’une impression de légèreté.
Quelle belle prouesse littéraire !
Incontestablement, les épreuves traversées pendant l’enfance ont permis à Jeanette WINTERSON de trouver cette juste distance dans le déroulé réinventé de ses récits. Elle pourrait faire sienne la citation du 10 juin 1891 qu’André Gide a couché dans son Journal « C'est mon enfance solitaire et rechignée qui m'a fait ce que je suis. »
D'abord il y a une femme, sonore, immense, "pas à la bonne échelle, plus vaste que nature", un personnage de conte de fées, là "où les proportions sont approximatives et instables". Cette femme, c'est Mrs Winterson, la mère de l'auteur, plus précisément sa mère adoptive car il y a aussi, comme une ombre en creux, la mère biologique, trop jeune à la naissance de son bébé et qui l'a confiée à l'adoption. Mais si ce pâle fantôme traverse le roman, il n'est pas de taille à rivaliser contre l'envahissante, volumineuse et autoritaire Mrs Winterson, "une femme qui passait ses nuits à faire des gâteaux pour ne pas avoir à dormir dans le même lit que mon père. Une femme qui avait une descente d'organes, une thyroïde déficiente, un coeur hypertrophié, une jambe ulcéreuse jamais guérie, et deux dentiers — un mat pour tous les jours et un perlé pour les grands jours". En proposant d'emblée au lecteur, pour préambule de son récit d'enfance, le portrait de cette femme bigote pentecôtiste, oppressante, déséquilibrée, aux avis tranchés et aux préjugés tenaces, Jeanette Winterson présente le personnage central et donne le ton de ses confidences sans complaisance.
Née en 1959 à Manchester, adoptée par les Winterson à "plus de six semaines mais moins de six mois", Jeanette vit jusqu'à l'âge de 18 ans à Accrington, petite ville industrielle du Lancashire, entre une mère tyrannique et un père effacé. La petite maison est remplie d'interdits et de punitions mais vide d'amour et de livres. Entre elle et sa mère "l'amour n'était pas une émotion ; c'était le terrain miné qui (les) séparait". Et pour des raisons obscures et absurdes, tout livre est banni. Pour assouvir son désir d'évasion, il ne reste donc à la jeune fille que la bibliothèque municipale où elle lit de façon intensive et déterminée tous les livres de littérature anglaise, de A à Z. C'est ainsi qu'elle découvre qu'un "livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l'ouvrez. Vous en passez le seuil." Et vous n'en revenez pas. "La littérature et la poésie sont des médicaments, des remèdes. Elles guérissent l'entaille pratiquée par la réalité sur l'imagination."
C'est donc une mélodie sur deux tons que Jeanette Winterson compose son récit. Un ton âpre, cru, truculent, teinté d'une ironie mordante et cruelle, pour les épisodes de son enfance, le portrait de sa mère, les blessures et les humiliations. Et un ton doux, rêveur, poétique, inspiré, passionné, pour toutes les réflexions sur l'écriture, la littérature et l'amour.
Grâce à cette double tonalité, l'auteure nous fait pleinement ressentir la distance entre elle et sa mère, une distance qui ne cessera de se creuser et qui est tout entière résumée dans la phrase lapidaire prononcée par la mère à sa fille qui tente d'expliquer, de "justifier" son homosexualité en invoquant le bonheur : "pourquoi être heureux quand on peut être normal ?" Cette interrogation jetée sur le pas de la porte est bien plus profonde qu'il n'y paraît car tout est dit des visions antagonistes des deux femmes. La mère n'aspire qu'à être normale quand la fille ne désire rien d'autre qu'être heureuse. Cette interrogation vient placer aussi au second plan le récit cette l'enfance malheureuse vécue dans une sorte de "conspiration du silence" pour mettre au premier plan le thème essentiel de cet ouvrage : l'émancipation, le chemin vers une libération, long et difficile tant il est vrai qu'il "faut beaucoup plus de temps pour s'extirper du lieu psychique que du lieu physique". Même hors du foyer familial étouffant – "mon père était malheureux, ma mère était dérangée. Nous étions des réfugiés dans notre propre vie" – il faudra du temps à Jeanette pour parvenir à la libération de son corps et des carcans sociaux, de la révélation de son homosexualité au choix de son destin. S'émanciper, s'assumer seule, satisfaire sa soif de savoir, oser écrire et devenir écrivain. Découvrir que le langage littéraire, davantage encore que la littérature est le point d'ancrage et le point d'horizon de cette libération. Vivre l'amour aussi, "l'amour. Le mot difficile. Où tout commence, où tout revient toujours. L'amour. Le manque d'amour. La possibilité de l'amour."
Récit autobiographique, récit d'initiation et de retrouvailles, manifeste féministe et féminin, l'ouvrage de Jeanette Winterson est aussi, surtout, une ode aux mots, à la lecture et à l'écriture. "Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre qu’il existe deux types d’écriture ; celle que l’on écrit et celle qui nous écrit. Celle qui nous écrit est dangereuse. Nous allons là où nous ne voulons pas aller. Nous regardons où nous ne voulons pas regarder". C'est pour cela qu'il est urgent, impératif, d'écrire. D'écrire sa vie, de s'écrire soi, d'écrire le monde.
"Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant de l'espace, une ouverture. C'est une version mais qui n'est jamais définitive. On se prend à espérer que les silences seront entendues par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée."
une terrible description de la famille au travers de cette autobiographie
Quel livre étrange que celui-ci… Bien qu’il se passe à l’époque des guerres napoléoniennes, il laisse pourtant comme une sensation magique, un peu surnaturelle. Ici, malgré la dure réalité de la vie et des guerres, les bateliers marchent sur l’eau, les lutins d’Irlande rétrécissent les bottes des promeneurs, les amantes volent le cœur de leur compagne, et la Sainte Vierge des églises n’a de compassion que pour les femmes.
Et vous voyez, c'est là que commence réellement la magie de ce livre, c’est que dans cette période de guerre très concrète, le folklore et les traditions, se mélangent à la légende de Napoléon, pour mieux nous faire découvrir la vie étrange de nos deux personnages, Vilannelle et Henri. La première un peu fantasque et travestie, vit à Venise et se retrouvera par un coup du sort à devoir réchauffer les hommes de Bonaparte dans le froid de Moscou, et le second sert dans l’armée de Napoléon par passion pour ce dernier, bien qu’il désertera après avoir transformé sa passion en haine. Ici commence le basculement des sentiments et des êtres...
Forcément dans le froid de Moscou, nos deux êtres se rencontreront, forcément ils se rapprocheront, mais bien sûr entre eux cela ne sera pas possible. Pourtant la passion et l’obsession s’installeront entre ces deux êtres, un peu chaotiquement, un peu étrangement, mais ils se rapprocheront malgré tout, bien qu’Henri soit le plus touché des deux. Mais puisque cela n’était pas possible avant, pourquoi cela aurait dû changer après ? Évidemment le destin devait se manifester, comme pour donner à cette histoire un goût de drame antique. Car voilà qu’un jour la passion, la haine, le dégoût, se déchaînent, ils deviennent destructeurs. La colère éclate quand un monstre essaye de toucher cette divinité portée aux nues, et voilà que l’irréparable est commis… Que la folie ainsi apparaît un peu par surprise, rendant le rapprochement irrémédiablement impossible. Mais est-ce vraiment de la folie ? N’est-ce pas plutôt une planche de salut, car notre fou n’a pas l’air d’être bien fou. Il nous raconte des histoires. Faites-lui confiance. Et ce n’est pas le seul... En effet, il y a bien des aspirations dans le désespoir sous-jacent des personnages
Et c’est là l’autre magie de ce livre, c’est que les sentiments sont enrobés dans du brouillard, ils sont indescriptibles. Les personnages sont complexes à comprendre, ils sont un peu à l’image de cette Venise des mystères et de l’excès. Le décor s’est fondu aux personnages pour ressortir plus puissant sous cette plume fabuleuse.
Pour résumer c’est un livre que je conseille vivement, parole vous allez être enchantés si vous l’ouvrez.
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Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Une belle adaptation, réalisée par un duo espagnol, d'un des romans fondateurs de la science-fiction, accessible dès 12 ans.
Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
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