Cette semaine, suivez Cécile Boyer-Runge, PDG de Robert Laffont et Betty Mialet codirectrice des éditions Julliard.
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Découvrez le palmarès des romans de la rentrée littéraire 2015 par les explorateurs de lecteurs.com Tous nos conseils de lecture pour les incontournables de cette rentrée
j’adore quand un écrivain s'intéresse à la vie d’un autre écrivain.
Issu d’une famille de cinq enfants, Thomas Mann a épousé une femme juive au début du XXème siècle. Ensemble ils ont eu 6 enfants, tous assez excentriques. J’ai adoré leurs enfants et surtout leur couple. J’ai trouvé l’histoire encore plus passionnante à partir des années 1930, la défaite de l’Allemagne et ses conséquences après la première guerre mondiale, la montée du nazisme. La fuite vers les Etats-Unis, les rencontres avec Einstein et Roosevelt.
J’ai aimé traverser les années, l’Histoire mêlée à l’histoire des membres de la famille Mann souvent tragique, une famille séparée dans différents pays avant et durant la 2eme guerre mondiale qui tente de sauver ses membres. J’ai surtout beaucoup aimé le portrait que dresse l’auteur, d’un homme assez ambiguë, pas décrit comme un héros, un portrait modeste d’un homme avec ses hésitations mais qui a, au final, accompli, de grandes choses. Le portrait de sa femme est aussi très reussi et offre un couple plein l'humour et soudé.
Un pavé qui se lit très bien tant l’histoire est passionnante.
Netgalley réserve décidément de bien belles surprises, et cette biographie du célèbre écrivain allemand Thomas Mann, publiée aux Editions Grasset, en fait partie. Je suis ressortie de cette lecture avec une tendresse particulière pour la famille Mann, et pour ce patriarche dont le nom n’a pas pris un millimètre de poussière depuis sa mort. Cette biographie est, à mon humble avis, indispensable pour les lectrices et lecteurs intéressés par Thomas, par les autres membres du clan Mann ou par curiosité pour la littérature allemande. Ce fut l’occasion de découvrir l’auteur irlandais Colm Tóibín, dont le nom m’était familier, mais l’occasion de lire l’un de ses titres ne s’était encore jamais présentée.
L’ouvrage est épais, la vie de Thomas Mann est longue et tumultueuse, son œuvre est dense : tout commence à Lübeck, deuxième plus grande ville allemande située sur la côte Baltique, et tout finit à Zurich. Et entre les deux villes, il y a Munich, la Suisse, les Etats-Unis, la Suisse-bis. Il y a Heinrich et Julia avec Heinrich, Thomas, Lula, Carla et Victor, parents et fratrie, puis Katia, et Erika, Klaus, Golo, Elisabeth, Monika, Michael, épouse et enfants. Et de fil en aiguille, il y a Les Buddenbrook, La Mort à Venise, Le docteur Faustus… Et la première, puis la Seconde Guerre mondiale. De quoi largement couvrir les six cents pages de cette biographie exhaustive et passionnante, si tant est que le sujet vous intéresse, qui couvre la première moitié du XXe siècle et une Europe en pleine mutation politique et sociale.
La vie de Thomas Mann suit le courant de ce changement d’époque : de l’Empire allemand et de l’empire claustro-hongrois d’avant-guerre, altier, clinquant, un nouvel ordre européen se met en marche, les cartes sont redistribuées, les empires s’éteignent. La famille Mann tant bien que mal réussit à conserver son train de vie, le succès littéraire de Thomas est presque immédiat avec Les Buddenbrook et ne se démentira jamais, ce qui lui permettra de mettre sa famille à l’abri de la première puis de la seconde guerre mondiale alors même que Katia, sa femme, est d’ascendance juive. L’auteur irlandais retrace avec réalisme la construction progressive du mythe, qui a donné quelques-unes des plus grandes œuvres allemandes. Preuve en veut le titre empreint d’un symbolisme puissant qui fait allusion aux jeux du père de famille avec ses enfants, lors des rares moments qu’ils passaient ensemble. Ce n’est pas seulement un écrivain talentueux, novateur, c’est un leader, un homme de poigne, un prestidigitateur qui use de son alchimie dans ses romans en transformant une réalité terne par le biais du philtre de son écriture, qui vous envoûte sans même sans rendre compte. C’est un homme qui a su transmettre son engouement pour la littérature, qu’il a d’ailleurs en commun avec ce frère si différent de lui, notamment à chacun de ses enfants, qui chacun a sa manière mènera une existence de femme et d’homme libres de faire leurs propres choix.
Comme tout à chacun, Thomas Mann a ses côtés plus obscurs, une facette de lui un peu moins glorieuse hors de portée du commun de ses lecteurs : une vie d’artiste aux dépens de sa famille proche, des choix faits dans le souci unique de protection des siens, du moins c’est comme cela qu’on peut voir les choses, dans la mesure où il a longtemps choisit de ne pas se positionner sur le parti à prendre pendant les deux guerres. Alors qu’Heinrich a fait le choix de crier publiquement sa réprobation totale de la politique allemande en 1914 et en 1939, Thomas Mann a pris l’option de préserver d’abord sa réputation d’écrivain, ce qui signifie aussi préserver les finances familiales, en séparant son œuvre de la politique de l’époque. Alors qu’Heinrich n’a pas hésité à crier publiquement sa réprobation totale de la politique allemande en 1914 et en 1939, Thomas Mann a d’abord eu en tête de préserver d’abord sa réputation d’écrivain, ce qui signifie aussi préserver les finances familiales, en séparant son œuvre de la politique de l’époque. Et l’auteur irlandais démontre à quel point son mariage avec Katia, qui est davantage un mariage d’arrangement que d’amour, l’a servi durant toutes ces années, derrière ses succès littéraires.
Et ce qui reste le plus digne d’intérêt à mes yeux, c’est le contexte d’écriture de ses œuvres principales, que l’on découvre ou que l’on redécouvre sous un autre jour : j’ai lu La montagne magique il y a près de douze maintenant et le processus de sa conception, le séjour au sanatorium de Katia Mann, m’a précisément remis en mémoire cette atmosphère mélassée, sucrée, collante, qui prend au piège quiconque y séjourne à l’instar de la patiente allemande. On revit La mort à Venise, née de la propre expérience de l’auteur pris sous le charme vénéneux d’un jeune éphèbe. On visualise Les Buddenbrook polaroïd de la famille Mann, celle de Julia et Heinrich, au temps de leur position de notable dans cette Allemagne d’avant-guerre, parangons d’une bourgeoisie qui sera longtemps leur étendard.
Merci à Colm Tóibín de nous avoir donné un éclairage unique sur la complexité de la famille Mann, de Thomas Mann qui a sans doute été bien plus écrivain qu’époux et père. Et de ce drôle de duo antithétique et fraternel ambivalent qu’ils forment avec Heinrich, un auteur pas moins doué que son frère, l’un très engagé, l’autre se complaisant dans une neutralité un peu trop confortable, peut-être : autant l’écrivain Thomas Mann est grand et il a sans aucun doute réussi avec succès à s’accomplir à travers l’écriture, autant l’homme, plus fragile dans ses positions, ne ramènera pas le prix Nobel de la paix ou de l’altruisme. Ou du courage. S’il y a beaucoup d’actes manqués dans sa vie personnelle, il semblerait que l’écriture lui serve, à certains moments, à transcender cette impossibilité à s’accomplir totalement. Et encore une fois, La mort à Venise semble apparaître, d’après le récit de Colm Tóibín sur la personnalité de l’auteur allemand, comme une variation fantasmée, projetée de ce qu’il a vécu, là où le reste de la famille Mann n’existerait pas. Et Thomas, c’est aussi le paradoxe incarné de plusieurs générations qui se succèdent, s’opposent diamétralement, celle du classicisme d’un Goethe et de Weimar au Weimar des tortionnaires et du camps de Buchenwald.
Ce roman est une fiction biographique de l’écrivain allemand Thomas Mann.
Au-delà des éléments réels et connus de l’œuvre et de la vie de ce grand auteur, Colm Tóibín nous emmène dans la conscience d’un homme et dans l’intimité de sa vie familiale.
Il commence par mettre en parallèle le vécu de l’auteur et l’intrigue de ses romans. Un déracinement d’abord lorsqu’en 1891, à la mort de son père, Thomas est contraint de quitter sa ville natale de Lübeck après la liquidation de l’entreprise familiale. Un épisode de sa vie qui lui inspira son premier roman « Les Buddenbrook ». Le début d’une longue carrière littéraire qui sera couronnée par le prix Nobel en 1929.
« Le Magicien » est aussi une saga familiale passionnante. Entre un frère communiste et des enfants tout aussi engagés politiquement ou œuvrant dans le domaine artistique, Thomas n’aura de cesse de s’en remettre à son épouse Katia pour canaliser et entretenir cette famille haute en couleur.
Et puis il y a l’homme lui-même et son ambiguïté. Un homme qui peut sembler froid et sans passion mais qui s’enflamme devant le corps d’un jeune homme. Un homme qui n’ose pas tout, qui souvent se contient, se retient et qui ne se livre entièrement que dans ses romans.
"Le Magicien" est un roman passionnant tant sur la vie de Thomas Mann et de sa famille que sur cette période historico-politique de la montée du nazisme, de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide, cela dans un style qui rend parfaitement la complexité du personnage.
Un roman qui donne envie de (re)découvrir l’œuvre de Thomas Mann.
C'est sur une grande figure intellectuelle de la première moitié du vingtième siècle que Colm Toibin s'est penché.
Ni biographie, encore moins hagiographie, « Le Magicien » serait plutôt un récit de l'intimité de l'auteur de « La Mort à Venise » dans lequel l'écrivain irlandais témoigne de son talent de romancier.
De la petite enfance de Thomas Mann, nous ne saurons rien, car le récit commence en 1891, seize ans après sa naissance et année de la mort du père.
C'est la mère qui ouvre la galerie de portraits. D'origine brésilienne, la fantasque Julia, « mélange d'exotisme, de charme et de fragilité » détonne à Lübeck, ville hanséatique imprégnée de rigueur protestante. Son mariage avec le géniteur de Thomas, sénateur austère et riche négociant, est une incongruité dans ce monde si policé et préfigure peut-être la singularité de sa descendance.
Cinq enfants naîtront de cette union improbable. Deux d'entre eux seront écrivains : le rêveur et rebelle Heinrich, l'aîné de la fratrie, et Thomas, dont le sérieux le destinait tout naturellement à succéder au patriarche.
Humiliée par le testament de son époux, Julia décida de quitter la triste Lübeck pour la riante Munich, laissant Thomas terminer sa dernière année de lycée.
Meurtri par le choix de sa mère, Thomas l'est encore plus par la volonté de son père de ne pas faire de lui l'héritier.
C'est en 1892 que la sensualité se révèle à l'adolescent, l'objet de sa sollicitude étant l'un de ses pairs. C'est ainsi qu'il découvre son homosexualité qu'il tentera de dompter en épousant la formidable Katia avec laquelle il conçut six enfants. Trois d'entre eux eurent une vie sexuelle ne répondant pas aux normes de l'époque !
Cette ambiguïté et cet art de la dissimulation, l'écrivain les pratiqueront tout au long de sa vie. On peut même se demander s'il n'exprimera pas son attirance pour les hommes à travers ses personnages de fiction. On peut penser au Gustav von Aschenbach de « La Mort à Venise » fasciné par la beauté juvénile de Tadzio.
Au plan politique, l'homme est insaisissable. Contrairement à son frère Heinrich et à ses deux turbulents aînés Erika et Klaus, il ne perçoit pas la menace que représentent les Nazis. Même dans son exil obligé, il se fait violence pour défendre un humanisme dont il est pourtant l'un des représentants les plus illustres, auréolé du Prix Nobel de littérature en 1929.
Le courage de l'un des plus grands écrivains de langue allemande, on le trouve dans ses écrits souvent pessimistes qui mettent en scène le déclin et la décadence.
À la lecture du « Magicien », on découvre un Thomas Mann qui refuse de confondre l'action et l'art, tout le contraire d'un écrivain engagé.
En s'attachant à cette figure de grand bourgeois souvent seul et incompris, Colm Toibin a composé la saga d'une famille singulière ainsi qu'une fresque poignante sur un monde en train de disparaître, anéanti par la barbarie.
http://papivore.net/litterature-anglophone/critique-le-magicien-colm-toibin-grasset/
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