Rentrée littéraire janvier 2017, merci à Nicole Grundlinger de nous faire découvrir ce roman paru le 12 janvier
Rentrée littéraire janvier 2017, merci à Nicole Grundlinger de nous faire découvrir ce roman paru le 12 janvier
Le roman commence par une scène d’une grande violence : la répression des étudiants de Téhéran par le pouvoir, lors de la révolution iranienne. La mère de Maryam échappe de peu à la mort, Maryam dans son ventre. Elle en gardera un mutisme et une terreur sous-jacente que ressentira Maryam toute sa vie durant.
Maryam nous raconte cet épisode par procuration, comme un événement originel pour elle, qui marque son destin. C’est sa première naissance. Avec un langage très imagé, poétique, aux allures de conte, Maryam nous livre ses origines persanes, les liens familiaux, la douceur du pays natal, la dureté des convictions politiques parentales aussi, qui lui font donner ses biens, jusqu’à ses jouets les plus précieux, avant l’exil.
L’exil en France justement, à l’âge de six ans, est sa seconde naissance. Maryam encore une fois le vit dans la douleur, le déchirement, l’éloignement d’avec ses proches et la difficulté à s’approprier une nouvelle culture, de nouveaux repères. Petit à petit l’histoire se tisse néanmoins, Maryam se construit, dans un entre-deux qu’elle s’efforce de rendre acceptable, avant de s’accepter elle-même, d’accepter toutes les facettes de son identité.
Jeune femme, Maryam reprend le récit d’une troisième naissance, avec le retour au pays, la chaleur des retrouvailles, la découverte de ce pays sûrement un peu rêvé, les deux parties de son être qui s’emboîte enfin, sa personnalité qui retrouve une certaine stabilité… Et Maryam peut enfin s’envoler, dans tous les sens du terme, elle a gagné sa liberté, va désormais parcourir le monde, vivre sa vie, gardant en elle son « imagination consolatrice », la poésie et les histoires pour « nettoyer ou embellir la vie ».
J’ai beaucoup aimé l’écriture fluide, imagée et pourtant si abrupte de l’auteure. Elle nous parle d’exil, d’un Iran passé et contemporain, de blessures intimes et sans doute aussi partagées avec beaucoup. J’ai aimé la poésie des mots, la poésie dans les mots, et la soif de vivre d’une enfant ballottée mais qui trouve sa place au milieu du monde finalement.
Une très jolie découverte.
https://mesmotsmeslivres.wordpress.com/2017/12/16/marx-et-la-poupee-de-maryam-madjidi/
Chahdortt Djavann, Negar Djavadi, Marjane Satrapi, Mana Neyestani et d’autres encore ont écrit, dessiné à propos de leur pays, l’Iran, qu’ils ont dû quitter, fuir au péril de leur vie, parfois, mais Marx et la poupée, premier roman de Maryam Madjidi livre encore un autre éclairage sur l’exil et ce retour qui devient vite impossible.
Tout commence dans le ventre de sa mère, en 1980, à l’université de Téhéran : « Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d’elle en ricanant, le dos courbé… » Obligée de sauter du deuxième étage pour échapper au viol, au massacre, elle ne perd pas son enfant, heureusement ! Cette enfant écrit aujourd’hui et égrène ses souvenirs. Elle parle entre autres de la voix de sa grand-mère et de ses jouets que ses parents lui demandaient de donner aux enfants du quartier. Elle a 5 ans et ne comprend rien au communisme car on veut lui apprendre le détachement matériel et l’abolition de la propriété.
Avant de se retrouver à Paris, en 2005, elle évoque Saman, son oncle âgé de 19 ans, qu’elle va voir en prison. Il parle maintenant des huit années passées dans une des pires prisons du monde. Elle dont les parents transportaient des documents du Parti communiste dans ses couches, livre ses souvenirs de « ce pays qui massacre ses meilleurs enfants. »
Son père déjà en France, elle est restée avec sa mère qui veut poursuivre ses études de médecine en Iran. Il avait été viré de la banque parce qu’il distribuait des tracts anti-Khomeini puis sa mère éjectée de l’université après avoir manifesté.
Le récit est précis bien que non chronologique mais les retours en arrière sont indispensables et attendus afin de comprendre cet exil et toutes ces souffrances endurées par tant de gens privés de liberté d’expression et menacés dans leur existence.
Le titre de la seconde partie : Deuxième naissance, est éloquent. Maryam Madjidi n’hésite pas à parler du concret, de la nourriture quotidienne, de nos habitudes, de tout ce qu’elle doit reprendre à zéro pour pouvoir vivre le plus normalement possible en France. Lorsqu’elle part travailler en Chine, à 32 ans, elle regrette nos croissants !
Elle parle aussi de cette nouvelle langue qu’elle apprend, refusant d’abord de parler puis rejetant ensuite le persan que son père essaie de conserver à la maison. Sa Troisième naissance la réconcilie avec sa langue maternelle et des poètes comme Omar Khayyâm et Sadegh Hedayat. Pourtant, son retour à Téhéran, en juillet 2003, est un échec malgré cet amant fugace qui lui fait découvrir « les ruelles mal famées et pauvres du sud de Téhéran… le tchador noir des femmes, femmes-corbeaux au visage caché… »
Sa grand-mère a raison lorsqu’elle lui dit : « Tu es trop libre pour ce pays. » Alors elle travaille quatre ans en Chine, un an à Istanbul puis revient à Paris où elle repense à ce chauffeur de taxi qui, à Téhéran, lui récita un poème de Hâfez (XIVe siècle) et ajouta : « la seule chose que nous avons su préserver, c’est notre poésie et c’est la seule chose à sauver de l’Iran. »
Chronique à retrouver sur : http://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/
Un ouvrage construit de façon originale entre récit autobiographique, anecdotes, histoires et contes pour exprimer le malaise de Maryam, enfant exilée, enfant intégrée. J'ai beaucoup apprécié l'aspect véridique de ce livre qui nous montre des évènements et de la terreur qui existaient en Iran. J'ai pris conscience aussi de la difficulté pour les enfants exilés de s'intégrer et de se construire, cependant je peine à comprendre le message de l'auteure dans les cas cités : que propose-t-elle ? que faudrait-il ? J'admire aussi la complexité de cet enfant perdue qui a trouvé des parades pour lutter et finalement pour se construire malgré sa situation. Et l'amour des langues,et de la poésie.
Un ouvrage complet qui fait rire , qui fait pleurer, qui fait réfléchir.
Un récit largement biographique et poétique sur l'exil qu'a vécu l'auteur; Très beau et poignant. A découvrir
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