Un découvreur de talents, aux méthodes insolites
Un découvreur de talents, aux méthodes insolites
Pour célébrer ses 20 ans, France 5 a lancé un sondage en ligne demandant "quel est le livre qui a changé votre vie ?".A cette question, plus de 6000 internautes ont répondu. Le palmarès a été révélé le 11 décembre 2014 par François Busnel lors de son émission littéraire "La Grande Librairie".
C'est dans ma vingtième année que j'ai pour la première fois posé les yeux sur la monumentale fresque romanesque intitulée "A la recherche du temps perdu", et la lecture de ce chef-d'oeuvre m'a bouleversé au-delà de l'imaginable.
Comme le souligne fort justement Jean-François Revel, le concept de "mémoire involontaire" doit être attribué à Bergson et non à Proust. Ce dernier - mais ce n'est pas le moindre de ses mérites - s'est contenté d'en reprendre le contenu pour l'adapter à son dessein artistique. Par le seul effort de l'intelligence, chacun d'entre nous en effet tente en pure perte de ressusciter "l'édifice immense du souvenir", ce monde enfoui en nous qui ne peut renaître que grâce à certains signes concrets. Ce sont notamment "la fameuse madeleine", "la serviette empesée tenue à Balbec", "les pavés inégaux de Venise" dans la substance desquels resurgit le passé oublié.
N'oublions pas d'ailleurs que bien plus tôt, à travers la magie des parfums, Baudelaire avait su lui-même faire remonter à la surface les moments forts de notre existence :
"Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient."
Armé du miroir du visionnaire et du scalpel de l'analyste, Marcel Proust va donc brosser avec une énergie surhumaine malgré sa maladie une galerie fascinante de personnages. Nous allons découvrir émerveillés, outre sa propre famille, Swann, Françoise, Gilberte, Sidonie Verdurin, Odette, Albertine, la duchesse de Guermantes, le baron de Charlus, Bergotte, Elstir, Jupien, le marquis de Norpois, Robert de Saint-Loup, Vinteuil, Albert Bloch, Madame de Villeparisis... et j'en oublie beaucoup.
Sa mère, objet d'une véritable vénération, occupe une place centrale au début du livre. Le moment du coucher, où toute la sensibilité du narrateur se donne libre cours, revêt une importance singulière, et je ne puis résister au plaisir de vous en livrer un passage :
"Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue.".
Une telle sensibilité capable de plonger au coeur des êtres et des choses, reste à l'évidence la marque de fabrique de Marcel Proust. Jamais peut-être, dans l'histoire de la littérature française, nous n'avons rencontré un esprit plus pénétrant et une plume plus aiguisée pour sonder l'âme humaine. La jalousie par exemple traitée d'abord avec les yeux de Swann vis-à-vis d'Odette puis ceux du narrateur vis-à-vis d'Albertine, est disséquée de manière tellement fine, tellement subtile que le lecteur ébahi ne peut qu'y trouver en lui mille résonances au point de s'exclamer à la fin : " mon Dieu ! Rien n'est plus vrai. Moi aussi, j'ai vécu cela !"
La faculté de saisir derrière les conventions et les apparences, les plis secrets des cerveaux et des coeurs, fait indubitablement de Proust un peintre subtil et profond de la société où il évolua, une société dont non sans humour il dénonce le snobisme, l'arrogance et la vacuité. Il y a du Balzac et du Saint-Simon chez l'auteur de "A la recherche du temps perdu". Que de descriptions frappantes ! Que de portraits admirables ! Que de traits saillants ! Que de poésie jetée à profusion !
Au bout du voyage, c'est "Le temps retrouvé". L'enfant des premières lignes cède la place à un adulte déjà marqué par les ans, lequel tout à coup a la révélation de sa vocation d'écrivain chargé alors de donner forme à l'oeuvre tant de fois rêvée. A partir de ce moment-là, le livre se referme sur lui-même. "La mémoire involontaire" devient l'instrument grâce auquel ce dernier va enfin trouver sa matérialisation.
Céline mis à part, Marcel Proust est bien à la vérité un des plus extraordinaires romanciers français du vingtième siècle. Un monument ! Celui qui dans les magnifiques "anneaux de son style", a marié l'intimisme et l'épopée. Celui qui pétri de génie, laissera toujours une trace durable en nous.
https://www.accents-poetiques-editions.com/produit/la-blessure-des-mots/
S’il fallait ne choisir qu’un des sept tomes de La recherche du temps perdu, ce serait sans doute celui-là. Il arrive comme une apothéose, l’épanouissement d’une fleur qui a progressivement ouvert ses pétales, la clé d’un cheminement qui a pu paraître erratique.
On y retrouve un certain nombre des personnages qui avaient fait l’objet d’une étude dans les précédents tomes, vieillis, changés physiquement et moralement et décalés socialement, l’immuabilité apparente des rôles et des titres ayant été fort perturbée par le temps et les événements, d’autant que le narrateur est resté longtemps à distance, isolé pour des problèmes de santé.
Nous sommes en 1916. La guerre éliminera certains personnages centraux, comme Saint-Loup, faisant de Gilberte une jeune veuve, qui feint d’ignorer les penchants de feu son mari.
Le baron de Charlus n’a jamais été aussi bas : outre le fait qu’il affiche une sympathie pour l’Allemagne, le narrateur découvre l’existence de ses soirées consacrées au vice dans un hôtel mal famé tenu par Jupien.
Mme Verdurin promue princesse de Guermantes par son mariage, perd cependant de sa superbe. Son sens de la répartie a souffert, ternissant par ce biais le nom même de cette lignée, si adulée dans les premiers épisodes de l’oeuvre.
Ce qui fait aussi tout l’intérêt de cet opus, c’est le fait que les constats du narrateur sur l’évolution du monde qui l’entoure sont un puissant stimulant qui le décident à coucher sur le papier l’histoire des tous ces personnages et donc d’écrire la recherche, dans une mise en abîme remarquable .
Certes l’oeuvre n’est pas une lecture facile, il faudra passer par une période d’essais et d’abandons, jusqu’à ce que la mélodie de cette écriture si particulière se laisse entendre et comprendre, mais pour faire place ensuite à un vrai bonheur de lecture.
447 pages Folio 2 novembre 1990
Le titre annonce la couleur. Le départ d’Albertine connu dès la fin du tome précédent est effectif. Et Marcel, bien entendu, brûle de qu’il a adoré autant qu’il adore ce qu’il a brûlé, encore très ambivalent en ce qui concerne ses sentiments vis à vis de la demoiselle, qui fluctuent en fonction de ce qu’il croit devoir imaginer des trahisons amoureuses qu’Albertine lui a fait subir, à force de mensonges mal construits.
Mais ce tome, qui ne manque pas de longs passage introspectifs, offre tout de même pas mal de surprises, de faux départs et de quiproquo, l’auteur semblant s’amuser de bousculer autant son narrateur que son lecteur.
On y reverra des personnages croisés naguère, qui fêteront surface sous de nouvelles identités…Suspens garanti.
Pour se consoler de ces événements malheureux, Marcel part pour Venise en compagnie de sa mère. Très belle évocation de la cité des Doges, que le jeune homme quittera, semble t-il débarrassé de ses fantômes amoureux.
Avant dernier tome de la série, où la complexité du narrateur apparaît dans toute sa splendeur, la maturité du raisonnement contraste la mauvaise foi des émotions.
Marcel analyse un peu moins pour agir un peu plus, relativisant l’intérêt des déductions issues de l’observation :
« Ceux qui apprennent sur la vie d’un autre quelque détail exact en tirent aussitôt des conséquences qui ne le sont pas et voient dans le fait nouvellement découvert l’explication de choses qui précisément n’ont aucun rapport avec lui ».
Si l’observation persiste , elle est focalisée sur l’objet de son tourment : Albertine l’a rejoint à Paris et demeure chez lui, partageant son quotidien dans des conditions proches de la séquestration. Si elle est libre de ses allées et venues c’est avec une surveillance de tous les instants et des interrogatoires en règle à son retour. Marcel a depuis longtemps décelée en elle une menteuse et qui plus est, peu finaude, s’emmêlant dans ses contradictions. Marcel traque l’existence non d’un amant mais d’une amante.
« Sans me sentir le moins du monde amoureux d’Albertine, sans faire figurer au nombre des plaisirs les moments que nous passions ensemble, j’étais resté préoccupé de l’emploi de son temps ».
On perçoit que seuls les avantages matériels d’une telle situation, elle qui n’a pas le sou soient la seule raison de sa présence, tant Marcel est insupportable. D’autant qu’il dit lui-même souhaite rompre, sans se décider. La jalousie qu’il ressent est une sorte de moteur central dans cette relation ambigüe.
Le baron de Charlus n’est pas en reste au cours de ce tome, de plus en plus imbu de sa personne, sans avouer ses meurs mais avec un certain prosélytisme tout de même. Un de ses cibles, mal choisie car sous-estimée, est Mme Verdurin dont il a tenté de vampiriser une de ses soirées où le musicien Morel était la vedette.
Au delà de des liens tissés avec son entourage, Proust rédige de très belles pages sur les bruits de la rue, ceux qu’il perçoit alors qu’il est encore couché, et met des images personnelles ur l’animation qui lui parvient.
Il développe aussi une analyse autour de la musique, à partir de la sonate de Vinteuil qui bien au delà de la petite phrase sorte de signature du musicien, comme il en existe dans toute oeuvre qu’elle soit littéraire ou artistique, atteint la sensibilité et la mémoire de Marcel.
Il n'y a pas encore de discussion sur cet auteur
Soyez le premier à en lancer une !
Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Une belle adaptation, réalisée par un duo espagnol, d'un des romans fondateurs de la science-fiction, accessible dès 12 ans.
Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
Lara entame un stage en psychiatrie d’addictologie, en vue d’ouvrir ensuite une structure d’accueil pour jeunes en situation d’addiction au numérique...