Il ne se passe pas forcement grand-chose du point de vue de la guerre dans ce roman qui nous emmène sur une terre rongée par un conflit déjà ancien, et qui préfigurait celui actuel : la guerre du Donbass, entre l'armée ukrainienne et les séparatistes prorusses soutenus par Moscou qui débuta en 2014. L'essentiel est ailleurs : La guerre est là, en toile de fond, forgeant un présent compliqué pour ceux qui tentent de continuer à vivre.
L'auteur situe ce roman dans le village de Mala Starogradivk situé en zone grise : ce n'est plus l'Ukraine, ni la Russie, ni la zone contrôlée par les séparatistes, mais une zone neutre entre les deux fronts. Un obus y a détruit l'église, mais les maisons sont debout même si certaines ont perdu leurs vitres. Ils ne sont que deux à y vivre encore, Sergueïtch et Pachka, deux « ennemis d'enfance » qui vont devoir apprendre à se côtoyer, s'ils veulent pouvoir échapper à la solitude. Deux humains, mais aussi un certain nombre d'abeilles, 6 ruches propriété de Sergueïtch, dont il prend soin avec beaucoup de douceur et même de tendresse.
On est en hiver, les abeilles sont enfermées dans les ruches, nos deux « ennemis » se chauffent au charbon, plus d'électricité depuis déjà trois ans dans le village. Ils cheminent parfois de chez l'un vers chez l'autre. L'un reçoit la visite d'un soldat ukrainien, l'autre se rend sur le front des séparatistes. Ils récupèrent ainsi de quoi améliorer leur ordinaire. le temps passe lentement quand il n'est plus rythmé par la vie normale, que les tirs d'obus s'entendent dans le lointain, quand il faut craindre les mines en marchant dans les champs. Ils sont terriblement seuls, ces deux hommes. Vivre ainsi frôle l'absurdité, qu'y a-t-il à espérer dans cette zone perdue ?
Le printemps arrive, et Sergueïtch décide d'emmener ses ruches butiner ailleurs, dans une zone où les fleurs ne sont pas fauchées par les tirs, où les paysages seront riants. Les paysages ne le décevront pas, la nature sera à la hauteur de son désir d'humanité, les hommes hélas pas vraiment. Par deux fois, notre ami Sergueïtch, car il est devenu notre ami, doucement par petites touches, notre ami disais-je va se retrouver confronté à la bêtise des hommes, à leur rejet de la différence, à leur jugement expéditif. Il reviendra à la fin de l'été, dans son village, tout heureux de retrouver son meilleur « ennemi »
Un roman à la narration lente, qui nous prend dans son filet, grâce à l'écriture de l'auteur, sobre, mais aussi teintée d'humour. Sans démonstration excessive, celui-ci nous montre l'absurdité de cette guerre et chante la supériorité de la nature et des abeilles sur l'humain.
S'il te plaît, peux tu m'envoyer le PDF de Les abeilles grises d'Andreï Khoury sur cet adresse : sadjogouromsa@gmail.com